Mont Epperly |
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Minuit : l'heure d'une conquête en AntarctiqueErhard Loretan a eu le sentiment de vraiment "poser le pied sur la lune". Les célèbres Reinhold Messner et Doug Scott voulaient être les premiers à gravir le très convoité Mont Epperly. Loretan les a devancés au terme d'une poignante aventure en solitaire. Le temps d'un nouvel exploit, aux limites des possibilités humaines, Erhard Loretan a délaissé son paradis himalayen pour l'Antarctique. Il savait que rien ne serait facile pour venir à bout de ce Mont Epperly, encore vierge. Quatrième plus haut sommet de l'Antarctique, il affiche 4780 m mais surtout il fait peur avec sa redoutable paroi de 2700 m de dénivelé. Ce sont des chiffres himalayens où le record doit se situer au Nanga Parbat avec une paroi de 4000 mètres. A titre de comparaison, en Europe, la paroi nord de l'Eiger vient en tête avec ses 1800 m de dénivelé. Loretan est parti au mois de novembre en compagnie du guide tessinois Romolo Nottaris. Aller jusqu'en Antarctique n'est pas si simple. Depuis Santiago du Chili, il faut se rendre à Punta Arenas, tout au sud du pays. De là, il n'y a qu'une compagnie d'aviation qui va en Antarctique et plus précisément à la base de Patriott Hills où la piste d'atterrissage, en glace vive, est la plus dangereuse du monde. Le voyage dure 7 heures mais l'avion ne part que s'il est sûr du temps. Loretan a ainsi dû patienter six jours à Punta Arenas où Nottaris a reçu un coup de fil l'obligeant à rentrer en Suisse. C'est lui qui avait financé le voyage avec sa firme qui distribue du matériel de montagne. Loretan n'aurait pas pu se payer cette "folie". Il espérait se payer le voyage avec deux clients qui finalement se sont désistés. J'y vais seul"Si ça ne te dérange
pas, j'y vais seul". Le Tessinois a accepté conscient que le
temps pressait pour être le premier au sommet. Pas mal d'alpinistes
étaient sur le projet, dont le célèbre Italien
Reinhold Messner et l'Américain Doug Scott. Ils étaient
une vingtaine à monter dans le Cessna qui quittait Patriott Hills.
Une dizaine avaient le Mont Vinson à leur programme, le plus
haut sommet de l'Antarctique avec ses 5240 m, mais facile à gravir.
Les autres visaient le Pôle Sud. Loretan s'est fait déposer
seul après une heure et demi de vol à 5 km de son objectif.
L'aventure commençait. Loretan vous guide....
Ne pas trop réfléchir"J'ai monté ma
tente. C'était particulier car j'allais me trouver seul pour
une quinzaine de jours sans doute. En Antarctique, le soleil brille
pendant 24 heures et je pouvais partir n'importe quand. C'était
un gros projet mais je ne voulais pas trop y réfléchir
car, cette face, plus tu la regardes, plus elle te fait peur. Une heure
après avoir monté ma tente, je partais dans la face, très
léger. Je n'avais que quelques effets de rechange dans mon sac.
J'ai grimpé 1200 mètres en quatre heures et, là,
le ciel s'est bouché et il y avait un gros brouillard. Je suis
redescendu."
"J'ai remarqué que j'avais beaucoup plus soif qu'en Himalaya. Là-bas, avec un litre d'eau, je pouvais tenir deux jours. Ici en quelques heures, j'avais liquidé mon litre de flotte. J'ai compris qu'il me fallait partir avec un réchaud. Vu l'immensité de la face, j'ai aussi pris un sac de bivouac et une pelle. Quand je suis rentré à ma tente, il était vers 11 heures et il faisait à nouveau grand beau. J'ai roupillé 3 à 4 heures. S'il n'y avait pas de vent, il faisait assez bon, entre moins 15 et moins 20. Par contre s'il y a du vent, il peut faire moins 50 au sommet du Vinson, en plein été austral." "Je suis donc reparti le lendemain avec un peu plus de matériel. J'ai fait le grand couloir central. C'était essentiellement de la glace au début. Il y avait une dernière longueur raide pour arriver au plateau sommital. J'ai vu que c'était de la merde. J'ai fait encore 200 mètres et le couloir se rétrécissait. Il n'y avait plus de glace, la sortie était en rocher. Je n'avais avec moi qu'une corde de 5mm et de 20 mètres de long. Je suis monté une quarantaine de mètres. Le rocher était pourri, presque du sable. Je suis monté tant bien que mal jusqu'à deux mètres de la sortie. J'ai essayé plusieurs fois mais je n'osais pas passer. Je n'arrivais pas à planter des clous. C'était soit du sable, soit du rocher compact. Au-dessus de ce surplomb, c'était une rivière de neige qui coulait. J'en ramassais plein la gueule." "Ce n'était pas mon heure" "Pendant une heure, j'ai essayé en vain. C'était aussi délicat de descendre que de monter. Il me fallait me débarasser du sac, mais je ne savais pas oû le crocher. J'ai tout de même trouvé une petite aspérité de rocher. J'ai croché mon sac avec la corde. J'avais la crainte que le sac se taille et me tire en bas. Ce n'était pas mon heure.... J'ai essayé trois fois en vain et la quatrième fois, j'ai réussi à passer. J'ai tiré mon sac et une heure après, j'étais au sommet. La fin était plus difficile que je ne pensais mais c'était du bon rocher." "Je suis arrivé
en haut le 1er décembre à minuit. C'était fantastique.
J'avais fait la face en 9 heures et, depuis le camp de base, cela me
faisait 10 heures et demie. La lumière et la vue étaient
géniales. Faire un sommet comme ça, être le premier
homme à y poser le pied, c'est extraordinaire "Après être resté un petit moment au sommet où il faisait froid, il m'a fallu redescendre, mais par où ? Il était exclu de faire le chemin inverse. La descente par l'arête était impossible sans corde. J'ai cherché pendant une heure. Finalement, j'ai trouvé un autre couloir. Il m'a fallu trois heures pour descendre, c'est le temps qu'on avait mis à l'Everest. Ca allait plus ou moins. Je ne pouvais rien planter, c'était tout compact. Je me laissais glisser et je me rattrapais. Je suis tout redescendu sans corde." Après trois jours de repos dans sa tente à cause du mauvais temps, Erhard a gravi le Mont Vinson (5240m) à skis et dans la foulée a enchaîne le Shin (4800m). On a tout de même demandé à Loretan s'il avait envie de retouner en Antarctique? "Demain! L'alpinisme en Antarctique, c'est le paradis. Il y a des tas de trucs à faire. Le paysage, la lumière, tout est génial." Repensant au Mont Epperly, il avait une ultime réflexion qui prend de la valeur quand on connaît l'homme: "Je savais que ce ne serait pas facile. Autrement, il y a longtemps qu'il aurait été réalisé."
Pour en apprendre plus, lisez le livre d'Erhard Loretan
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